Une Enfance dans la guerre
Se raconter, se construire
Autobiographie
L'écriture autobiographique peut-elle devenir document historique ?
Comment l'écriture autobiographique fait-elle se rencontrer l'enfant et l'adulte, chez un même auteur ?
3E Siv Travaux Autonomes
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas Rappelle-toi
Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

J. Prévert, Paroles (1946), « Barbara »
Gaël Faye, "Petit Pays"



Une feuille et un stylo apaisent mes délires d'insomniaque

Loin dans mon exil, petit pays d'Afrique des Grands Lacs

Remémorer ma vie naguère avant la guerre

Trimant pour me rappeler mes sensations sans rapatriement

Petit pays je t'envoie cette carte postale

Ma rose, mon pétale, mon cristal, ma terre natale

Ça fait longtemps les jardins de bougainvilliers

Souvenirs renfermés dans la poussière d'un bouquin plié

Sous le soleil, les toits de tôles scintillent

Les paysans défrichent la terre en mettant l'feu sur des brindilles

Voyez mon existence avait bien commencé

J'aimerais recommencer depuis l'début, mais tu sais comment c'est

Et nous voilà perdus dans les rues de Saint-Denis

Avant qu'on soit séniles on ira vivre à Gisenyi

On fera trembler le sol comme les grondements de nos volcans

Alors petit pays, loin de la guerre on s'envole quand?


Petit bout d'Afrique perché en altitude

Je doute de mes amours, tu resteras ma certitude

Réputation recouverte d'un linceul

Petit pays, pendant trois mois, tout l'monde t'a laissé seul

J'avoue j'ai plaidé coupable de vous haïr

Quand tous les projecteurs étaient tournés vers le Zaïre

Il fallait reconstruire mon p'tit pays sur des ossements

Des fosses communes et puis nos cauchemars incessants

Petit pays: te faire sourire sera ma rédemption

Je t'offrirai ma vie, à commencer par cette chanson

L'écriture m'a soigné quand je partais en vrille

Seulement laisse-moi pleurer quand arrivera ce maudit mois d'avril

Tu m'as appris le pardon pour que je fasse peau neuve

Petit pays dans l'ombre le diable continue ses manœuvres

Tu veux vivre malgré les cauchemars qui te hantent

Je suis semence d'exil d'un résidu d'étoile filante

Un soir d'amertume, entre le suicide et le meurtre

J'ai gribouillé ces quelques phrases de la pointe neutre de mon feutre

J'ai passé l'âge des pamphlets quand on s'encanaille

J'connais qu'l'amour et la crainte que celui-ci s'en aille

J'ai rêvé trop longtemps d'silence et d'aurore boréale

À force d'être trop sage j'me suis pendu avec mon auréole

J'ai gribouillé des textes pour m'expliquer mes peines

Bujumbura, t'es ma luciole dans mon errance européenne

Je suis né y'a longtemps un mois d'août

Et depuis dans ma tête c'est tous les jours la saison des doutes

Je me navre et je cherche un havre de paix

Quand l'Afrique se transforme en cadavre

Les époques ça meurt comme les amours

Man j'ai plus de sommeil et je veille comme un zamu

Laissez-moi vivre, parole de misanthrope

Citez m'en un seul de rêve qui soit allé jusqu'au bout du sien propre


Petit pays

Quand tu pleures, je pleure

Quand tu ris, je ris

Quand tu meurs, je meurs

Quand tu vis, je vis

Petit pays, je saigne de tes blessures

Petit pays, je t'aime, ça j'en suis sûr